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THÈME 5

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APRÈS NOTRE CRISE
D’ADOLESCENCE,
L’ESPOIR DE
L’HARMONIE ?
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THÈME 5

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Dans le documentaire Écocide, l’intervention de Monica Gagliano est porteuse d’un profond espoir. Elle compare la relation que notre civilisation entretient avec la Terre aux différents stades de développement de l’être humain. Pour elle, dans la vie d’un humain, comme dans notre relation à la Terre, nous traversons différents états, passant de la nécessaire dépendance, comme le sont les enfants, à la recherche frénétique d’indépendance, comme en rêvent les adolescents, pour atteindre finalement la conscience de l’interdépendance, comme devraient l’avoir les ainés.

Sa proposition est séduisante ! Essayons de comprendre comment notre culture a pu percevoir sa relation au reste de la Nature et comparons-la aux trois stades de développement proposés. La période de l’enfance coïncide avec l’apparition de l’espèce Homo sapiens. L’histoire dominante nous raconte qu’à ce moment-là, nous dépendons totalement de la Nature et sommes dénués de toutes défenses et protections. Le genre humain subit de manière inadmissible son environnement. Il construit progressivement les bases nécessaires à ses rêves d’indépendance, en développant des outils et des protections et en apprenant à produire lui-même son alimentation. L’évolution des sciences et de la pensée, qui s’est nettement accélérée dès le XVIIe siècle, représente le début de notre adolescence et de notre fougueuse course à l’indépendance. Les sociétés occidentales tentent de percer les mystères de la Nature et d’en maîtriser les lois, afin de s’affranchir de notre dépendance. L’esprit cartésien installe une culture profondément anthropocentrée en établissant une séparation fondamentale entre le genre humain et le reste de la Nature (cette notion est développée dans le Thème 4 et 6). Comme le souligne Sofia Stril-River, cette séparation intellectuelle mène au fil des temps à une domination assoiffée de l’humain sur la Nature d’une part, mais, d’autre part, entraîne l’humain dans une spirale de dominations et d’exploitations sur lui-même. Ce n’est pas une coïncidence si la plupart des sociétés et des traditions, qui ont chéri et préservé cette culture de la Nature, ont été anéantis ou culturellement perturbées au cours des derniers millénaires. Les sociétés occidentales, aveuglées par des valeurs centrées uniquement sur leurs propres intérêts et envoûtées par la conviction de leurs missions « civilisatrices », les ont combattues ou transformées de gré ou de force, car elles représentaient aussi une menace. Comme le relève Sofia Stril-River, les sociétés occidentales ont progressivement occidentalisé les autres cultures et imposé leurs propres valeurs, profondément détournées de la Nature, nous entraînant malgré nous vers des abîmes...

Aujourd’hui, l’ensemble de l’espèce humaine est dans la tourmente. Face aux basculements du système Terre (notion développée dans le Thème 3), nous sommes confrontés à la réalité : Il est totalement impossible d’être indépendant du système à l’intérieur duquel nous vivons, que ce soit du reste de la société ou de la biosphère tout entière.

Alors, on change ?

Notre course à l’indépendance ne serait-elle pas au final une chimère qui nous contraint à rester, tels des somnambules, dans cette adolescence pathologique ?

En tous cas, Monica Gagliano détecte un signal positif dans la période critique et liminale que nous traversons : Et si cette période était le passage de notre adolescence, devenue carrément morbide, vers notre maturité d’adulte ? Le rituel de passage serait le réapprentissage à prendre soin : Prendre soin de notre environnement, prendre soin des autres et, évidemment, prendre soin de soi. Pour cela, Monica Gagliano nous invite tout d’abord à « observer ce qui nous dérange, plutôt que de déranger ce que nous observons ». Prendre le temps de s’arrêter, d’écouter et d’observer... Indubitablement, cette approche se confronte à la société dans laquelle nous vivons actuellement. Cela remet fondamentalement en question notre rapport au temps et à la culture du TTSTT, ce fameux « Tout, Tout de Suite, Tout le Temps », qui s’impose mondialement et numériquement. Notre rapport au numérique est plus amplement développé dans la Thème 9. Et observer le vivant, c’est observer tout son cycle... cela va titiller également une autre caractéristique de notre adolescence : la peur que nous avons de la mort, sujet tabou. Nous préférons pour le moment nous réfugier dans la quête de l’immortalité en nous engouffrant naïvement dans le transhumanisme.

Poursuivons vers l’étape suivante, de la « civilisation matérialiste » vers l’âge adulte. Pour Sofia Stril-River, la Nature ne doit plus être considérée comme un vulgaire gisement de ressources à exploiter, mais comme une oasis de vie unique dans lequel un processus sacré (qui mérite certains sacrifices) est à l’œuvre. Au cours de ce passage, nous reprenons donc progressivement conscience de ce qui nous relie, plutôt que de percevoir ce qui nous oppose. Fritjof Capra, physicien spécialiste de la théorie des systèmes, démontre que « les problèmes majeurs de notre époque (surpopulation, pauvreté, pollutions, baisse de la biodiversité, conflits, etc.) ne peuvent être abordés séparément. Ils sont systémiques, c’est-à-dire interdépendants. Le fond commun de nos difficultés semble être la perception parcellaire que nous avons de nous-mêmes et du monde. En définitive, tous ces problèmes doivent être examinés comme les différentes facettes d’une même crise – qui se traduit surtout par une crise de la perception ». Dans le documentaire, Toni Frohoff explique qu’il devient tout aussi indispensable d’apprendre à coexister à l’intérieur même de notre espèce, que d’apprendre à coexister avec les autres espèces. Notre survie est en partie conditionnée par cet apprentissage. Cela nous demande de réinventer nos démocraties, de reconstruire nos institutions pour qu’elles soient partenaires du système Terre, d’éduquer nos enfants et adolescents à l’harmonie avec la Nature, de renforcer leur émerveillement et leur esprit de collaboration. En fait, il n’y a rien de dramatique à être interdépendant. Peut-être est-ce le bon moment de basculer de la question « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » vers « quels enfants laisserons-nous à notre planète ? ».

Rappelons-nous qu’un passage représente une étape en soi. C’est pourquoi, pour Monica Gagliano, nous assistons simultanément « encore au déchaînement du comportement destructeur de l’adolescent » et à de nouvelles forces créatives qui émergent. Ce passage nous mène vers l’âge adulte, l’âge de la sagesse, c’est-à-dire de la conscience de l’interdépendance... Quant à définir le changement nécessaire pour atteindre cet état adulte, nous pourrions emprunter le terme de « révolution holistique » que le Dalaï-Lama utilise dans le documentaire. Mais le plus saisissant, c’est de constater que tous les intervenants en parlent à leur manière : pour notre civilisation, devenir adulte et prendre conscience de l’interdépendance représente un saut quantique. Comme le dit Gus Speth, « nous pensions que les plus grands défis environnementaux étaient la perte de la biodiversité, l’effondrement du système Terre et le réchauffement climatique. Nous avions complètement tort. Les questions prioritaires en matière d’environnement sont l’égoïsme, la cupidité, l’apathie. Pour y faire face, nous avons besoin d’une transformation spirituelle et culturelle. Et nous, les scientifiques, ne savons pas comment faire ça ». Cette transformation est notre plus grand défi, et le plus immédiat...

• Adolescence pathologique

• Occidentalisation

• Interdépendance

• Notre rapport au temps

• Transhumanisme

• Coexistence

• Devenir conscient

• Révolution holistique

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DES OUTILS PÉDAGOGIQUES

Tous reliés, interdépendants / Symbiose 133, Réseau IDée

Magazine à destination des enseignants et éducateurs, numéro spécial avec une mine d’informations et d’outils pour mieux comprendre les interdépendances : l’être vivant n’est jamais seul, il n’est que relations. Téléchargeable gratuitement sur www.symbioses.be/consulter/133 

 

Petite histoire commentée du rapport de l’Homme à la nature / FIEW

Dossier enquêtant sur les manières dont nous interagissons avec le reste du monde vivant. La « spirale dynamique » passe en revue les différents stades de l’évolution du monde et de la personne humaine au travers des civilisations. Téléchargeable gratuitement sur www.iew.be

DES ANIMATIONS

 

Les nombreux centres d’initiation à l’environnement proposent des animations, des formations et des ateliers de très bonnes qualités. Une recherche s’impose pour en trouver près de chez vous ! 

Réseau IDÉE (Belgique) 

Réseau FRENE (France) 

Réseaux locaux GRAINES (France)

sont des acteurs incontournables qui fédèrent l’éducation à l’environnement et rassemblent les offres et les outils pédagogiques.

DES LIVRES POUR VOUS NOURRIR

Manières d’être vivant / Baptiste Morizot

Très agréable à lire, il s’agit de refaire connaissance en partant pister sur le terrain : approcher les habitants de la Terre, humains compris, comme dix millions de manières d’être vivant. Dans cet hymne de l’interdépendance, on entrevoit des solutions...

La fabrique des pandémies / M-M Robin

Essai sur les nombreux liens entre la biodiversité et notre santé. La longue liste des maladies émergentes, d’Ebola à la Covid-19, mène à un constat sans appel : la cause première de ces épidémies est la destruction des écosystèmes. Et la conclusion imparable : le seul antidote est de traiter notre rapport au vivant.

Nature and the Human Soul / Bill Plotkin

Superbe livre, disponible qu’en anglais, il détaille merveilleusement bien les différentes étapes de développement de l’humain dans la perspective d’une société éco-centrée.

La toile de la vie : nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants / Fritjof Capra

Dans une approche éminemment systémique de nos problématiques, il tisse des liens dans ce vivant interdépendant et coexistant.

L’entraide, l’autre loi de la jungle / Gauthier Chapelle et Pablo Servigne

Ils montrent la richesse des relations de coopération et en démontrent comment l’entraide est bien un pilier indissociable de l’évolution.

RAYON BD

Le droit du sol / Étienne Davodeau

Ce roman graphique interroge merveilleusement bien notre rapport au sol tout au long d’un périple pédestre des peintures rupestres aux déchets nucléaires enfouis.

PUBLICATIONS

Rapport de l’IPBES / IPBES

Régulièrement mis à jour, similaire au GIEC dans son fonctionnement, cette plateforme d’expert analyse la biodiversité et les services écosystémiques. Ce rapport existe également dans une version « résumé pour les décideurs » vulgarisées et illustrées. Comme pour celui du GIEC, La version 2022, contenant des constats et des solutions, est aussi instructive qu’accablante. 

 

Planète Vivante / WWF

Mis à jour annuellement, il donne un aperçu précis de l’état et de l’évolution de la biodiversité mondiale. Lecture incontournable pour tenir ses chiffres à jour et comprendre les nouvelles implications.

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PASSER À L'ACTION

En fonction de vos centres d’intérêt et de votre degré d’investissement, de très nombreuses organisations recherchent des volontaires, des militants et des activistes. Sur ce thème, nous pouvons au moins citer :

‣ Jane Goodall Institute

‣ Roots and Shoots

‣ Natagora

‣ WWF

‣ Greenpeace

 

Les réseaux suivants rassemblent des offres d’emploi et de recherches de volontaire. À consulter sans tarder !

‣ Réseau IDÉE (Belgique)

‣ Réseau FRENE (France)

‣ Réseaux locaux GRAINES (France)